Notre pire décision de carrière est l’inaction

Pourquoi on surévalue toujours l'option de ne rien changer ?

Le jour où mon hésitation a déçu mon manager

Après quelques années dans mon poste, mon manager a employé un mot pour me décrire. "Senior."

Ça m'a fait drôle. Ce n'était pas l'image que j'avais de moi. Je travaillais encore comme si je devais prouver quelque chose, sans réaliser qu'aux yeux de ma hiérarchie, c'était déjà acquis.

Et puis on m'a proposé une nouvelle mission. Un nouveau client à gérer, en plus des miens. Intégrer un client de plus dans mon portefeuille, ça pouvait tout chambouler. Ce système que j'avais mis tant de temps à mettre en place.

Je sortais d'une période épuisante. Des mois à tout standardiser pour tenir face au flot continu de tâches. Aucune pause. Aucun moment pour souffler. Et là, enfin, la machine tournait toute seule.

Alors quand on m’a proposé de gérer ce nouveau client, j'ai hésité. Je voulais juste trouver mon équilibre, pourquoi tout casser maintenant ?

Mon hésitation n'a pas plu. Je n'étais pas à la hauteur de l'image qu'on m'avait prêtée. On me l'a dit clairement : "Moi, j'aurais aimé que tu me répondes : oui, je vais le faire. Je vais assurer."

La raison que je me donnais semblait pourtant raisonnable. Longtemps, j'ai cru que c'était de la prudence. C'était en réalité un mécanisme que la recherche a identifié depuis longtemps.

Pourquoi notre cerveau préfère le statu quo

En 1988, deux chercheurs, William Samuelson et Richard Zeckhauser, ont donné un nom à ce mécanisme : le biais du statu quo. Leur découverte tient en une phrase. Face à un choix, nous préférons presque toujours ne rien changer, même quand l'option du changement est objectivement meilleure.

Deux forces nous y poussent.

L’aversion à la perte : notre cerveau perçoit ce qu'il pourrait perdre comme plus grand que ce qu'il pourrait gagner. Rester semble neutre, sans risque. Bouger semble dangereux. Pourtant, dans bien des cas, l'inaction est le vrai pari risqué. Garder un poste qui ne nous fait plus grandir, ce n'est pas sans risque. C'est parier une année de progression sur le confort d'aujourd'hui.

Le biais d’omission : Devant une décision, on a toujours deux chemins : on peut rester comme on est, ou changer. Imaginons que les deux finissent mal. Si je n'ai rien changé, je peux me dire que c'est la faute des circonstances. Si j'ai agi et que ça rate, l'échec porte mon nom. Voilà ce que notre cerveau redoute. Pas l'échec en soi, mais l'échec dont on est responsable. Alors il choisit l'option qui le met à l'abri : ne rien faire. Parce qu'on se reproche toujours moins ce qu'on a subi que ce qu'on a déclenché.

C'est exactement ce que je vivais. Je défendais l'idée rassurante que tant que je ne bougeais pas, je ne risquais rien.

Le test pour démasquer le statu quo

Il existe une question simple pour désamorcer ce biais.

Si je devais repartir de zéro aujourd'hui, est-ce que je choisirais cette situation ?

Tout est dans le "repartir de zéro". On efface mentalement ce qui est déjà en place. On oublie le temps investi, le confort installé, les habitudes prises. On imagine qu'on arrive neuf, sans rien, et que les deux options sont posées devant nous, à égalité.

Et là, on se demande lequel on choisit vraiment.

Si on choisit l'option de départ, tant mieux : elle est bonne, on la garde en conscience. Mais si on choisit l'autre, alors la vérité saute aux yeux. Ce n'était pas la meilleure option qu'on protégeait. C'était juste celle qui était déjà là.

C'est ce que je n'avais pas fait avec cette mission. Je l'ai jugée depuis mon confort du moment, avec mon système à préserver dans la balance. Si j'avais effacé tout ça, si j'avais imaginé qu'on me proposait cette mission le premier jour, j'aurais dit oui sans hésiter.

Ne rien faire n'est jamais neutre

Le biais du statu quo ne disparaît pas. Il est trop ancré, trop humain. Mais une fois qu'on le connaît, on ne décide plus tout à fait pareil.

On apprend à repérer le moment où une option semble "évidente" simplement parce qu'elle est déjà là. On apprend à se méfier du mot "prudence" quand il sert à justifier l'immobilité. Et surtout, on comprend que ne rien faire n'est jamais neutre. C'est un choix, avec un coût, même quand on ne le voit pas.

La prochaine fois que tu hésites à bouger, à demander, à accepter quelque chose qui te fait un peu peur, pose-toi la question : est-ce que je reste parce que c'est le meilleur choix, ou simplement parce que c'est celui qui ne me demande rien ?

Si tu connais quelqu'un qui s'accroche à une situation par confort plus que par conviction, transmets-lui cette édition. Parfois, il suffit de réaliser qu'on protège un statu quo pour enfin oser regarder ailleurs.

Le pragmakit - Le kit pragmatique pour ta carrière

Par Adama Doye

À propos de l’auteur de Le pragmakit - Le kit pragmatique pour ta carrière …

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